Le Nord de la France rattrapé par la grippe aviaire

Présente toutes ces dernières semaines en Belgique- la grippe aviaire a passé la frontière… Ou plutôt on l’a aidée à passer la frontière avec la France. Et déjà- les colombophiles du Nord de la France ont eu à subir quelques conséquences.

Un cas d’influenza aviaire hautement pathogène H5N8 a en effet été confirmé le 30 juin dans une basse cour située dans la commune de Brillon dans le département du Nord. C’est à côté de Saint-Amand-les-Eaux- presque sur la frontière belge et à deux pas de Valenciennes. Pour stopper au plus vite la propagation du virus- « des zones de protection et de surveillance ont été mises en place immédiatement dans des rayons de 3 et 10 kilomètres autour du foyer. Dans ces zones- les mouvements de tous les animaux sensibles sont interdits et les mesures de biosécurité renforcées »- a fait savoir dès la confirmation du cas le ministère de l’Agriculture. C’est la procédure habituelle- instaurée ces derniers mois dans le Sud de la France.

Ce foyer se situe à 15 kilomètres d’un foyer identifié le 23 juin dernier à Tournai en Belgique- dans un élevage non commercial de volailles. « Ce foyer serait lié à l’achat de poussins et de pigeons sur le marché de Tournai en Belgique »- certifie le ministère de l’Agriculture- sans préciser qui des poussins ou des pigeons étaient contaminés ou vecteurs de la maladie. Interrogé par La France colombophile lundi- le ministère ne peut pas dire avec précision qui des poussins ou des pigeons étaient infectés : « trop tôt pour le savoir ». Depuis le début du mois de juin- onze cas d’Influenza aviaire ont été confirmés en Belgique- essentiellement chez des éleveurs amateurs de volailles d’ornement et quatre cas au Luxembourg. Ce qui n’empêche pas les amateurs belges- depuis dimanche- de jouer comme ils l’entendent : de l’autre côté de la frontière- depuis le 2 juillet- les mesures de protection ont été assouplies en Belgique- avec les amateurs domiciliés dans les zones de protection et de surveillance autorisés à enloger dès lors que les amateurs certifiaient par écrit qu’ils ne détenaient pas de volaille… L’organisateur a aussi la charge de clairement identifier les paniers remplis avec des pigeons originaires des zones infectées. Cette procédure devrait permettre aux Belges de jouer à n’importe quel niveau d’épizootie.

Le 23 juin dernier- comme si elle imaginait ce qui est finalement advenu- la direction générale de l’alimentation du ministère de l’Agriculture  avait demandé au préfet des départements frontaliers avec la Belgique et le Luxembourg de sensibiliser l’ensemble des détenteurs de volailles afin qu’ils fassent preuve de la plus grande vigilance et déclarent tout signe clinique suspect à leur vétérinaire sanitaire. Pour le ministère- le foyer confirmé ce 30 juin 2017 à Brillon- rappelle « l’importance de protéger nos élevages de volailles en appliquant des mesures de biosécurité renforcées et en s’assurant notamment de l’absence de contact entre les volailles de basse cour et les élevages commerciaux »- poursuit aujourd’hui le ministère de l’Agriculture. Mais apparemment- la prévention n’a pas suffi : un particulier est allé sur un marché en Belgique pour importer des animaux contaminés.
Autour du foyer confirmé de Brillon- deux zones réglementées ont été mises en place : une zone de     de protection avec un périmètre de 3 km- une zone de surveillance avec un périmètre de 10 km. Au final- 39 communes sont concernées par ces deux zones et de nombreux colombophiles y résident. Dans cette zone- l’État a notamment ordonné une limitation des mouvements des animaux- des personnes et des véhicules. Avec quelle conséquence ? Ces dernières années- des mesures particulières relatives aux mouvements de pigeons voyageurs vers les zones de protection et de surveillance- à partir de celles-ci ou à l’intérieur de celles-ci- ont été accordées. L’arrêté du 30 mars 2017 dit- que même en cas de risque élevé- que les compétitions peuvent se dérouler entre le 1er avril et le 31 août- dès lors que le détenteur des pigeons voyageurs participant à une compétition ne détenait pas de volailles à titre commercial ou non commercial et qu’il s’assurait que ses pigeons étaient déplacés en vue de la compétition dans des paniers de transport qui ont été nettoyés et désinfectés au préalable. » Mais que se passe-t-il pour les colombophiles qui résident dans les fameuses zones de protection et de surveillance ?

A priori- rien n’interdit aujourd’hui le déroulement des concours et les opérations de mise en loges- dans la zone de surveillance. C’est en tout cas la lecture de la fédération colombophile française. Sauf que sur le terrain- la lecture des textes semble bien différente- et les rassemblements (donc les opérations de mise en loges) ne semblent pas toujours acceptés par les autorités administratives locales.

Sur le terrain- on note même un certain raidissement des autorités. Pour quelles raisons ? Avec Brillon- les communes de Rosult- Sars-et-Rosières- Tilloy-lez-Marchiennes et Bousignies font partie du cœur de la zone de restriction sanitaire- la zone de « protection ». Dans la zone de surveillance- on trouve la commune de Beuvry-la-Forêt : dans cette ville- est implanté un abattoir de… pigeons. Incroyable mais vrai ! Alors que les premières mesures de restriction tombées- l’abattoir a vu passer devant ses fenêtres- samedi soir- un camion de ramassage de pigeons voyageurs- propriété du groupement de Douai. L’abattoir- qui devait certainement penser que les colombophiles étaient dans l’illégalité- a appelé les gendarmes !
Une demi-heure plus tard- les militaires étaient chez l’un des dirigeants de la colombophilie- à Beuvry-la-Forêt pour deux heures d’échange… et des lectures bien différentes des textes et des largesses accordées aux colombophiles. Pour les gendarmes- aucun mouvement d’oiseaux- et donc de pigeons voyageurs- ne doit être autorisé dans la zone…

Barcelone contremarqué en Belgique
Président du CIF- l’association qui gère l’organisation des concours internationaux en France- Christophe Beaujean était présent lors de ces discussions avec ces gendarmes : « on a joué carte sur table et on leur a dit que le lendemain- on avait un gros rassemblement à Flines-lez-Râches. » Flines est dans la zone de surveillance- elle est le siège d’une association locale qui engage les concours internationaux ; elle est surtout la commune vers où convergent tous les pigeons voyageurs français qui participent aux concours internationaux… Très rapidement- Christophe Beaujean prend la décision d’annuler la mise en loges de Barcelone à Flines et surtout la concentration des pigeons français qui devaient y être contremarqués (ils l’ont été le lundi- en Belgique). « Je n’ai pas voulu prendre le moindre risque »- confie Christophe Beaujean- que ce soit pour les pigeons engagés par les amateurs de la région de Flines- ou pour les pigeons venus de toute la moitie Nord de la France. Les amateurs de Flines sont allés enloger dans les arrondissements voisins (sur Maubeuge- Cambrai ou encore Lille) et les camions qui ont ramassé les pigeons de Barcelone ont pris directement le chemin de la Belgique. Christophe Beaujean a finalement pris la bonne décision : à tord ou à raison- avec ou son base juridique- le maire de Flines-lez-Râches interdisait le dimanche midi tout enlogement dans sa commune...
Il s’avère en tout cas que l’État et plus particulièrement la direction départementale de la protection de la population a fait le forcing auprès des mairies pour que les mesures sanitaires soient parfaitement respectés. Lundi- le ministère de l’Agriculture répétait encore que les volailles et « autres oiseaux captifs » devaient être confinés dans la zone de protection. Dans les cinq communes autour du foyer de Brillon- des colombophiles ont d’ailleurs reçu la visite du maire de leur commune ou de représentants de la municipalité pour leur intimer l’ordre de laisser leurs pigeons enfermés. Par contre- dans la zone de surveillance- la règle est la suivante pour le ministère de l’Agriculture :  des dérogations sont possibles si le confinement n’est pas possible (pour des raisons de bien-être animal notamment) ; dans ce cas- les animaux doivent être maintenus séparés de toute autre volaille et les parcours sont protégés de sorte que soit évitée la proximité des points d’eau naturel- cours d’eau ou mares. Dans la zone de surveillance- les volées ne sont pas donc interdites. En charge du dossier à la FCF- José de Sousa confirme : dans la zone de protection- pas de rassemblement (donc pas d’enlogement) ni de sortie de la zone (donc l’impossibilité pour les amateurs d’aller enloger ailleurs) et pas de volée autour du colombier ; dans la zone de surveillance- vol autorisé autour du pigeonnier et des pigeons qui peuvent sortir de la zone pour participer à des concours.
Les dirigeants de la fédération française devaient se réunir ce mardi matin pour communiquer et informer clairement les amateurs touchés par ce cas de grippe aviaire (cette édition de la France colombophile a été clôturé mardi- à 7h). Ils devaient notamment se pencher sur l’arrêté préfectoral pris le week-end dernier par la préfecture du Nord et qui indique notamment que les rassemblements d’oiseaux étaient interdits aussi bien dans les zones de protection et de surveillance.

Si aucun nouveau cas n’apparaît- les mesures devraient être levées autour de Brillon vers le 21 juillet. Mais au CIF- on a d’ores et déjà décidé de ne prendre aucun risque. D’ici cette date- aucun pigeon français ne passera par Flines pour les habituelles concentrations nationales. Pour ce qui est de la mise en loge internationale- Flines devait se réunir cette semaine pour décider de la position à adopter. « Personnellement- je pense qu’il n’y aura plus de mise en loge internationale à Flines cette année- et que nous irons dans les autres dépôts »- confiait lundi soir Christophe Beaujean- le président du CIF qui enloge à Flines : « il faut que nous soyons responsables. Il n’est pas question de prendre le moindre risque. »