Franck Duroy, une démonstration sur Marseille

Franck
Un premier prix et une démonstration : le troisième prix national, le quatrième, dix pigeons dans le top national, le deuxième prix international derrière le Belge Alain Dermonne, deux pigeons dans le top 10 international, sept dans le top 100 international. Le 15 juillet dernier, Franck Duroy, à la tête de la colonie Duroy Ledoux à Ozoir-la-Ferrière, a marqué de son empreinte la difficile étape sur Marseille. Vent de bec dans la vallée du Rhône avec un premier national qui vole à 984 m/mn pour 794 km, un premier national à 981 m/mn pour pour 675 km : cela vous pose déjà les conditions de vol !
Franck Duroy est un jeune colombophile de 36 ans, un jeune chef d’entreprise aussi, à la tête d’une entreprise de bâtiment spécialisée dans les ravalements de façade. Un « Parisien » comme on le surnomme en Picardie et dans le Nord de la France. Il a pourtant tous les gênes du Nordiste : « ma passion, ce sont les pigeons, la bière et le cyclisme ! ». Avec une grande ambition depuis 2014, briller sur Marseille international, le seul concours du calendrier international où il a distance. C’est ainsi, c’est la règle, alors pourquoi discuter et ne pas en profiter : les amateurs de l’avant auraient bien tord de ne pas profiter de cette opportunité pour se confronter aux colombophiles du Nord de la France, de Belgique, des Pays-Bas et d’Allemagne. Franck Duroy est un ancien athlète à pied, un compétiteur, et il a tout naturellement saisi cette opportunité. Et ce n’est guère plus évident de jouer à l’avant d’un rayon, au contraire bien souvent.

Franck Duroy a découvert la colombophilie à l’âge de sept ans, grâce à un voisin de ses parents, M. Adilio. En 1989, une rencontre déterminante va conditionner la suite de sa carrière. Gérard Ledoux livre le grain chez M. Adilio. Franck Duroy guette le camion : « je courrais derrière lui en criant Monsieur Ledoux, Monsieur Ledoux ! Je l’admirais : il était déjà l’un des meilleurs colombophiles français. » Franck Duroy démarre chez ses parents, dans un petit colombier de 2,5 mètres : on est bien loin des installations actuelles, parmi les plus belles de France...

En 2002, à 22 ans seulement, Franck Duroy achète sa maison actuelle, toujours à Ozoir-la-Ferrière, entre Melun et Paris. Un vaste terrain va lui permettre d’installer des colombiers. Sauf que ce terrain est une vaste forêt, les pigeons sont dans le noir et cohabite avec les rapaces. Pas facile de briller dans de telles conditions. En 2008, c’est un premier tournant : « j’ai coupé trente arbres », et le voisin en fait autant dans son bois. « Il faisait clair dans les pigeonniers ! ». Franck Duroy décide alors de tout reconstruire à neuf. Long de 21 mètres, le pigeonnier est sur deux étages. Au premier, une structure béton avec un projeté qui héberge la jeune génération. Au deuxième, un colombier en bois. Chaque compartiment a sa volière en façade, le tout est sur caillebotis, avec nettoyage automatique pour les casiers. « Je me suis fait plaisir, mais j’ai beaucoup travaillé pour y parvenir. » Restait un seul grand problème, celui des rapaces : « après une visite en Allemagne chez Kipp, j’ai décidé de ne plus sortir mes pigeons d’août à février, sauf les tardifs. Ils passent ainsi l’hiver en volière. Au départ, cela a été difficile à accepter pour moi, ancien sportif, de ne pas leur permettre de se dépenser. »
Quels pigeons dans les colombiers ? Tout naturellement, en 1998, Franck Duroy se tourne vers Gérard Ledoux. « Je lui ai donné 100 francs pour avoir quatre pigeons. Il m’a rendu mes 100 francs et m’a donné un panier complet de jeunes venant de ses reproducteurs. » Le début d’un extraordinaire parrainage : « c’est une amitié énorme, alors que nous avons 35 ans d’écart. Aujourd’hui, on peut dire que c’est une colonie bis de Rollot. » Chaque année encore, Gérard et Sébastien Ledoux offrent une cinquantaine de jeunes à Franck Duroy.
Alors forcément, les origines de Franck Duroy et de l’équipe engagée sur Marseille sont presque exclusivement des Ledoux, avec le sang des Kipp (1er international Saint-Vincent 2016) et des Lothar Lessmeister (1er international Barcelone 2016), deux des meilleures colonies allemandes de fond et de grand fond. En hommage à Gérard Ledoux qu’il l’a tant accompagné, Franck Duroy a même décidé de jouer en association avec Gérard Ledoux et de dénommer sa colonie Ledoux Duroy.
« Je joue au point avant avec des pigeons capables de voler la tête à 850-900 km. » Une exception à ces sangs Kipp et Lessmeister, avec une femelle Deno-Herbots de 2003 des lignées de Robert Van Eycken, premier international... Marseille 2003. « Cela a été une poule aux oeufs d’or dans mes colombiers, que l’on retrouve dans presque tous mes pigeons. » Depuis 2015, la Deno-Herbots ne produit plus.
2014 est un autre tournant. Pour la cinquième fois, Franck Duroy est sacré champion de fond de l’Entente Est Sud-Est de la région parisienne. Il vient aussi d’enlever un deuxième titre de champion fédéral fond. Sur Auch, il fait 1 2 13 14 19... et 36 prix de 66 engagés dans un contingent de 1.916 pigeons ; sur Saint-Vincent, ce sont les 5 6 7 13 18... et à nouveau 36 prix de 66 engagés dans un contingent de 1.632 pigeons ; sur Bayonne, les 4 5 6 23 24 25 29 33 36 40... dans 1.005 pigeons, avec 21 prix de 54 engagés. La saison est terminée en 21e région, et le 29 juillet, Franck Duroy se rend à Rollot pour suivre l’arrivée de Perpignan international : « Gérard fait premier national et cela tombe de tous les côtés. Sébastien était coincé sur l’ordinateur pour enregistrer les arrivées et je dois me coller aux constatations avec Gérard. Ce sera ma plus belle journée de l’année ! » La décision est prise : Franck Duroy va réorienter son programme de jeu : « entre nos deux colonies, il y avait un fossé, parce que la sélection n’était pas la même. Dans les internationaux, le pigeon doit savoir se détacher pour voler seul. On n’a pas ça sur un concours fédéral. »
En 2015, Franck Duroy se lance et pour apprendre ses pigeons à se détacher, il s’en va jouer avec le CNP, le club des longs cours de Picardie. Narbonne, Perpignan et Carcassonne sont à son programme 2015 : « avant 2015, je constatais souvent des pigeons sur les fédéraux 2 par 2 : cela rentrait tout seul. A partir de 2015, j’ai vu mes pigeons rentrer un par un. Je jouais dans une masse qui monte et cela obligeait mes pigeons à décrocher. » Cette volonté d’apprendre ses pigeons à décrocher, Franck Duroy y parvient aussi en jouant le Perpignan des Elites, organisé par la Normandie. Une partie de l’équipe de Marseille 2016 y est allée : « je pense que si j’avais continué à les jouer exclusivement en 21e région, j’aurai pris ma trempe sur Marseille. »

Le nombre de pigeons est à la hauteur de la taille des installations, quelque 500 pigeons, dont quarante couples de reproducteurs ! « Je suis chef d’entreprise, j’ai deux enfants en bas-âge », alors il faut savoir se lever tôt... Franck Duroy est dans les pigeons à 5h30 du matin et il peut compter sur son épouse pour entamer les volées du soir, à partir de 18h. « En général, je rentre vers 20h30-21h, et je vais dans les pigeons. »
Cent pigeons sont joués au veuvage total, 50 mâles, 50 femelles. On trouve aussi 70 couples de yearlings, une soixantaine de tardifs et quelque 200 jeunes. « J’adore les tardifs. En général, j’en perds 80%, mais ceux qui restent sont en général des bons. »
En août, la colonie de jeu est accouplée pour élever deux jeunes. Puis c’est la séparation et la mise en volière. La colonie est ensuite accouplée entre le 15 février et le 1er mars, et les pigeons de jeu élèvent encore : dès que le jeune a 10-12 jours, les femelles sont retirées et le mâle termine l’élevage seul. Le 15 mars, c’est le début des volées pour un premier concours vers le 8 mai. « Le mois de mai est certainement le plus délicat, parce que c’est le démarrage, parce qu’il y a toujours les rapaces, parce que les pigeons sont légers à cette époque là. » Les pigeons font quatre à cinq vitesses avant d’être engagés sur le programme du CNP.
Les femelles sont sur perchoir : les volées ne sont forcées qu’en début de saison. En avril/mai, elles ne volent qu’une seule fois par jour. Trois semaines avant Marseille, elles passent à deux volées par jour, 1h30 matin et soir. Les mâles aussi passent à deux volées également trois semaines avant Marseille : « c’est en général plus compliqué avec les mâles, les femelles volent mieux. » « Marseille, c’est la finalité de la saison, confie Franck Duroy. La suite de la saison, je le passe à m’occuper de mes jeunes et je commence à les entraîner. »

« Ici, c’est soigné », lance Franck Duroy. C’est vrai : l’état des installations est impeccable. Mais quel programme de soins ? « Forcément, avec Gérard, j’ai tous les compléments pour bien soigner mes pigeons. Mais il n’y a aucune règle, aucun programme établi par avance. Je soigne beaucoup au feeling : je regarde les volées, je prends mes pigeons en mains et je m’adapte. Cette année, j’ai traité une fois ma colonie contre la tricho. Avant la saison et trois semaines avant Marseille, j’envoie mes fientes au vétérinaire Vincent Schroeder et cela fait des années qu’il ne trouve rien. » Le feeling, n’est-ce pas le propre des meilleurs colombophiles ?

Évoquons la Marseille, la 14496 de 2011. « C’est une sacrée femelle qui a dû beaucoup bataillé quand j’ai commencé à jouer au CNP en 2015. Elle rentrait tout le temps du Nord et elle a dû apprendre à décrocher. » En mains, comme la majorité de la colonie, elle est d’un gabarit moyen, voire petit, bien en muscles avec une aile souple. Sur Marseille, elle était encore à la première plume.
Franck Duroy, on le reverra sans nul doute sur les prochaines éditions de Marseille. Mais notre champion est d’une étonnante lucidité : « l’an passé, Marseille s’est volé à 1.400 m/mn et là, je sais que je ne pourrais pas faire grand-chose. À 900 m/mn, c’est différent... J’aurai peut-être l’occasion de briller une année sur trois, une année sur quatre. C’est le sport colombophile, il faut l’accepter et je l’accepte. »